50ème anniversaire de la libération perrosienne
Les résistants se souviennent



article paru dans Le Télégramme du 10 août 1944


Libération 50 ans après
Le 10 août 1944. Une semaine jour pour jour après la diffusion, sur les ondes de la BBC, du message codé - " Le chapeau de Napoléon est-il toujours à Perros-Guirec ? " - signal du déclenchement de l'insurrection générale en Bretagne, les résistants locaux obtenaient la reddition des occupants allemands retranchés à Mez-Gouez.
Après des années de combats meurtriers, de deuils, de séparations, de privations, Perros-Guirec retrouvait, enfin, la liberté. Des heures que les lieutenants de l'époque ne sont pas près d'oublier.
Ce soir, la traditionnelle cérémonie au monument aux morts, avec dépôt de gerbe, sera marquée par une allocution du député-maire, Yvon Bonnot, suivie d'un pot à l'hôtel de ville pour les anciens combattants.n anti-nazi, partent au-devant de l'ambulance en direction de Mez Goué. " Il et 16h quand nous arrivons au bas du sentier qui mène au fort. Deux soldats ennemis nous escortent entre les mines. La discussion avec le major Schmidt dure une bonne demi-heure mais, au bout du compte, les officiers refusent de se rendre. "

Trois compagnies mobilisées
La marche pour libérer le secteur Nord 1 des cantons de Lannion et Perros-Guirec avait débuté le 4 août 1944, dirigée par Corentin André, dit "Capitaine Maurice".
"Trois compagnies étaient mobilisées sur cette opération : la Marseillaise, la Roger Barbé et la Gabriel Péri. Le 5 août, les résistants bloquent le carrefour de Croas-Hent où convergent les routes de Servel, Trébeurden, Perros-Guirec et Trégastel. Planqués ainsi entre Lannion et le camp allemand de Servel, nous espérions piéger l'ennemi. L'attente est longue dans les fossés. Il faut saluer le courage de ces jeunes filles qui ont risqué leur vie à travers la campagne pour venir nous apporter la soupe dans des lessiveuses ", souligne Corentin André.
En soirée, la vigilance finit par payer. "Deux camions bondés de soldats allemands viennent tout droit se jeter dans la gueule du loup. Le feu de nos quatre fusils-mitrailleurs les cloue sur place. Ils ne ripostent même pas. "

Ambulance piégée
Le lendemain à l'aube, les résistants peuvent récupérer le matériel des fuyards - les deux camions diesel, un canon de 20mm et l'armement d'une soixantaine d'hommes - et transporter les blessés allemands pour les soigner.
La journée du 7 août est mouvementée : à plusieurs reprises, les fantassins ennemis viennent au contact... Les échanges de coups de feu font trois morts et une dizaine de blessés dans le camp français. Le calme ne revient qu'en soirée.
"Le mardi 8, nous nous sommes rendus compte que les Allemands avaient déserté Servel dans la nuit pour se replier à Mez-Gouez, à La Clarté. Le Docteur Saliou, qui en revenait, est venu solliciter, de la part du major Schmidt, l'admission de ses grands blessés à l'hôpital de Lannion. C'était pour nous l'occasion de négocier une reddition sans combat."
Un espoir vite déçu. "Dans l'ambulance ennemie, j'ai découvert un lot de grenades et de pistolets", se souvient Armand Tilly. Le véhicule est confisqué, le Feldwebel et son chauffeur faits prisonniers...

Une réputation de terroristes
Les protestations allemandes ne tardent pas. "Dès le 9 au matin, le major Schmidt réclame qu'on lui rende son bien. Le lieutenant prisonnier, qui parle très bien le français, nous fait part de la lassitude de ses camarades. On leur en a tant raconté sur la sauvagerie des "terroristes" français qu'il est surpris de constater que nos prisonniers sont bien traités. Nous lui promettons la liberté s'il nous aide à obtenir la reddition allemande."
Corentin André et Franz, déserteur autrichien anti-nazi, partent au-devant de l'ambulance en direction de Mez- Gouez. "Il et 16h quand nous arrivons au bas du sentier qui mène au fort. Deux soldats ennemis nous escortent entre les mines. La discussion avec le major Schmidt dure une bonne demi-heure mais, au bout du compte, les officiers refusent de se rendre."

Une reddition très arrosée
La déception qui s'empare des Trégorrois sera de courte durée. Dès le 10 août au matin, un émissaire allemand se présente au PC de Lannion. Dans ses mains, une lettre contenant les conditions de la reddition allemande. "Nous avons accepté de séparer les officiers de la troupe et les Allemands des Russes".
"J'entre avec Franz à 15h45 au camp de Mez-Gouez", détaille le "capitaine Maurice". "Il y a manifestement eu liberté de cambuse. Des soldats ivres boivent le cognac au goulot... J'en ingurgite une bonne rasade et tout le monde d'applaudir."
599 Allemands sont faits prisonniers (quelques irréductibles, retranchés près du sémaphore, n'accepteront de se rendre qu'aux Américains) et parqués dans un camp bâti à la hâte au Cruguil, entre Perros et Lannion, sous la direction d'André Cornec.
On imagine aisément l'espoir et le soulagement des Perrosiens à ce moment, d'autant que l'opération n'avait fait aucune victime parmi les civils. "Le convoi a traversé la ville de Perros-Guirec devant une foule pavoisée et enthousiaste. A 16h30, on a vu pointer les deux premières jeeps américaines... Quelle fête ! "


Corentin André montrant la maison de Mez-Gouez à La Clarté

50 ans après, devant la maison de Mez-Gouez à La Clarté
où se déroulèrent les négociations
de gauche à droite Jacques Margaté, André Bonnot, Corentin André, Marcel Diguerher, André Le Cornec et Armand Tilly
photo Le Télégramme 10 août 1994