OPÉRATION DE POLICE
LE 4 JUIN 1944
DANS LE SECTEUR DE PERROS-GUIREC
le milicien du bezen PERROT André GEFFROY

GEFFROY André
Né le 21 janvier 1911 à Lannion, fils de Francis Geffroy, teilleur de lin et de Anne Olliérou, sans profession, demeurant à Rosalic en Lannion à la limite de Ploubezre.
Le 17 juin 1933 il épousa Henriette AURÉGAN -originaire de Perros-Guirec- à Châtillon (Seine ; Hauts-de-Seine).
Décédé le 23 mai 1986 à Plouguerneau (Finistère).


En 1939, il demeurait à Locquirec (Finistère) y élevant des moutons.
Le 10 août 1939, il participe sur la grève de Locquirec au transbordement d’armes, transportées depuis Hambourg (Allemagne) par le chalutier Gwalarn. Armes fournies par les services secrets allemands et destinées aux préparatifs de guerre de la Wehrmacht.
Le 9 juin 1940, il rejoint l'Allemagne et participe au recrutement de militants bretons prisonniers de guerre dans les stalags. 
Comme tous les miliciens il se met au service de l'occupant cherchant à infiltrer des groupes de Résistants -facilité du fait que parlant breton- pour ensuite les dénoncer et les livrer aux Allemands.
Membre du Comité Directeur du PNB Parti National Breton.
Membre du bezen Perrot, surnommé "le grand Geff".
En contact avec Hervé BOTROS membre du PNB et du kommando de Landerneau.
Décrit par un congénère comme "très grand, fort, cheveux blonds frisés, sourire railleur, très intelligent, assez brutal...".
André GEFFROY possédait des laissez-passer -ausweis- de l’Abwerhstelle de Paris et de l’OKH, Haut Commandement de l’Armée. L’Abwerstelle était un organisme secret de la police militaire allemande, en fait un service d'espionnage. "Il en résulte qu'André GEFFROY s'est rendu coupable d'espionnage au profit de l'ennemi, de dénonciation à l'ennemi et d'atteinte à la sûreté de l'état".
André GEFFROY disposait du droit de port d'arme accordé par les autorités d'occupation.
Le 16 août 1940, il dénonça les époux Georges NICOL de Rennes en séjour à Plestin-les-Grèves pour avoir tenu des propos anti-allemands, ils furent relâchés après avoir été interrogés.
Il fit également arrêter Hugues de VON THOREN qui fut condamné à 6 mois d'emprisonnement.
Il s'exhibait à Lannion et à Ploubezre en uniforme noir semblable à ceux de l'armée allemande.


l'affaire de Plestin-les-Grèves

Le 10 novembre 1941, les gendarmes à la brigade de Plestin-les-Grèves Louis CLEUZIAT et Charles PRISER notent sur un PV : "Ce jour, vers 18h15, étant en patrouille, nous avons aperçu à la Croix-an-Haye en Plestin-les-Grèves un homme qui sortait d’une voiture en titubant. Il allait tomber quand le Maréchal des Logis Chef CLEUZIAT l’a saisi par le revers de son veston pour éviter sa chute. Aussitôt un inconnu est sorti du véhicule automobile et s’est avancé vers nous en disant : "Vous n’êtes plus rien, c’est nous les maîtres, vous n’êtes que des flics, vous êtes des merdes". Au même moment, un troisième homme que le gendarme PRISER a reconnu comme étant André GEFFROY de Locquirec dans le Finistère s’est avancé vers nous et nous a dit : "Vous ne savez pas à qui vous avez à faire, je vous ferai saisir, je vous apprendrai à me connaître, c’est nous les maîtres maintenant".
Le 13 novembre 1941, André GEFFROY et Guillaume GUÉGUEN furent arrêtés par les gendarmes de la brigade de Lannion dans un restaurant près de la gare de Lannion et incarcérés à la maison d'arrêt de Lannion.
Le 5 décembre 1941, le jour de l'audience, vers 15h45, les délinquants GEFFROY et GUÉGUEN, furent amenés à bord du car de la gendarmerie au Tribunal de Lannion. D'importantes forces de police furent mises en place par crainte de manifestations.
"En descendant de voiture GEFFROY a levé la main droite et a dit : "Heil HITLER !" Il a renouvelé ce geste dans la salle des Pas Perdus ce qui lui a valu quelques quolibets désobligeants pour lui et pour son parti".
Au moment de l’interrogatoire, GEFFROY a répondu en breton mais il a refusé l’interprète qui lui était offert.
Maître Marius LE TOISER assura leurs défenses, il fut connu pour haranguer -pendant cette période de l'occupation- les paroissiens à la sortie de la messe notamment à Perros-Guirec et Ploubezre pour les inciter à partir travailler en Allemagne. A la Libération il parti se réfugier en Espagne dirigée à l'époque par le dictateur Francisco FRANCO, y épousa une espagonle à Barcelonne. Il revint par la suite s'installer à Saint-Quay-Perros.
André GEFFROY et Guillaume GUÉGUEN furent condamnés respectivement à 40 et 45 jours de prison et 1200F d’amende pour avoir menacé de mort les gendarmes de Plestin-les-Grèves.
Malgré la gravité des faits, André GEFFROY et Guillaume GUÉGEN furent remis en liberté le 23 décembre 1941.


voir l'affaire dans la presse

engagé aux côtés des Allemands avec Hervé BOTROS

Deux fois par semaine André GEFFROY et Hervé BOTROS participaient à des réunions avec les Allemands dans le manoir de Colleville à Landerneau -utilisé comme prison, lieu d’interrogatoires et de tortures-, faisant le point de la situation et par rapport aux renseignements recueillis préparaient des opérations contre des Résistants.
André GEFFROY a dénoncé le 13 février 1942 à Locquirec -son lieu de résidence- deux officiers anglais qui lui avaient demandé asile.
Avec Hervé BOTROS ils commirent de multiples actes de dénonciations, violences et meurtres sur des civils et des Résistants, ils participèrent à plusieurs attaques contre les maquis aux côtés des Allemands.
Lors de la rafle du secteur de Perros-Guirec le 4 juin 1944, bien que présent il se tiendra en retrait à Perros-Guirec, il a de la famille du côté de son épouse dans le secteur contrairement à Hervé BOTROS. Ce même jour à Trégastel il est aux côtés des Allemands à Trégastel lors de l'arrestation d'Yves PRIGENT mort en déportation et son fils Jean, déporté.
Le 6 juin 1944, à Primel-Trégastel en Plougasnou (Finistère), il dénonce 4 Résistants qui sont arrêtés par les Allemands, Léon GUILLOUX, Jean LOYEN et Albert VOM HOËVEN, tous les 3 fusillés. Marcel AUBERTIN, mort en déportation.
Le 6 juillet 1944, il prêta sa maison à Lezingar en Locquirec à Hervé BOTROS dans laquelle il martyrisa son camarade de collège Guy PERON.
Le 12 juillet 1944, à Quimerc'h (Finistère), Henri CEVAER et son fils Henri sont torturés par Hervé BOTROS et André GEFFROY. Le fils Henri CEVAER est abattu par Hervé BOTROS et André GEFFROY, son père est retrouvé pendu dans sa cellule.
Le 14 juillet 1944, à Saint-Méen (Finistère), Hervé BOTROS et André GEFFROY sont aux côtés des Allemands pour attaquer un maquis, 8 Résistants sont tués : Jean LE BRIS, Robert LE PAGE, François KERBAT, Jean BRÉLIVET, Jean GOURIOU, Joseph NICOLAS, Louis BERTHOU, Roger HENRY. Un civil Louis THÉPAULT est abattu par Hervé BOTROS et André GEFFROY.
Le 29 juillet 1944, à Rennes, plusieurs personnes sont arrêtées et torturées par Hervé BOTROS et André GEFFROY.


arrêté et jugé à plusieurs reprises

Les circonstances de l'arrestation d'André GEFFROY ne sont pas connues.
Le 30 septembre 1944, il est détenu au camp Saint-Charles de Kerfeunteun à Quimper en attente de jugement.
André GEFFROY fut condamné le 15 février 1945 par la Cour de Justice du Finistère de Quimper aux travaux forcés à perpétuité peine commuée en 20 ans de travaux forcés, provoquant l'incompréhension des victimes, des familles de victimes ainsi que celle de la population.
André GEFFROY fut incarcéré à la maison d'arrêt de Fresnes (Seine) en attente d'être jugé pour la dénonciation le 13 février 1942 à Locquirec de deux officiers anglais qui lui avaient demandé asile.
Le 13 novembre 1951, il fut condamné à la peine de mort par le Tribunal Militaire Permanent de Paris, pour avoir dénoncé deux agents anglais. Ses biens furent confisqués. Il fut incarcéré à la Centrale d'Eysses (Lot-et-Garonne).
Les nationalistes gallois et irlandais menèrent une intense activité pour sa libération. Dans ces deux pays beaucoup d'autonomistes bretons s'y étaient réfugiès après la Libération.
La peine capitale fut commuée en 20 ans de travaux forcés par décret du 8 juillet 1953 et la remise du restant de la peine de travaux forcés lui fut accordée par décret du 8 avril 1954.
Le 15 avril 1954, il fut libéré de la Centrale d'Eysses avec interdictions de séjour dans certains départements pour une durée de 20 ans.
Le 17 juillet 1954, il épousa Léa DUDUYER à Relecq-Kerhuon (Finistère), mariage dissous le 9 janvier 1963.


tentative de retour à Lannion, en vain

Rapport du Lieutenant JIQUELLE, commandant la section de gendarmerie de Lannion, sur la présence à Lannion du sieur GEFFROY André, en date du 19 février 1957.
"Le sieur GEFFROY André condamné à mort pour intelligence avec l'ennemi, et depuis lors gracié, interdit de séjour dans le département du Finistère, est revenu depuis décembre 1956 en résidence à Lannion ou il est né le 21 janvier 1911 et très connu pour ses antécédents.
Ce retour a provoqué de nombreuses réactions dans l'opinion publique lannionaise, partant de la stupéfaction, pour passer à l'indignation et à l'irritation chez certains.
En effet durant les premiers jours, le comportement du sieur GEFFROY fut assez discret et la population, quoique étonnée de son audace, crut à un court séjour dans la cité, pour règlement d'affaires de famille notamment.
Mais ce séjour se prolongeant, l'étonnement se transforma vite en stupéfaction et en indignation, d'autant plus que GEFFROY beaucoup moins discret, faisait montre dans certains lieux (débits de boissons et tabac notamment) de beaucoup d'assurance, frisant l'arrogance, voire même une provocation indirecte, à l'égard de personnes s'y trouvant.
Dès lors les commentaires vont bon train et cette situation est largement commentée dans les divers milieux de la ville.
Tous ceux qui ont connu le sieur GEFFROY, comme ceux qui connaissent ses antécédents, sont unanimes à lui reprocher son retour à Lannion, que certains qualifient d'insolence, d'autres d'insouciance, mais tous considèrent sa présence comme un rappel vivant de trop mauvais souvenir d'occupation. C'est pourquoi son éloignement est fermement désiré.
D'autres vont plus loin. D'anciens combattants et prisonniers de guerre, estiment que ce n'est pas seulement de l'insolence, mais une véritable insulte à ceux qui, tant pendant la campagne que derrière les barbelés, ont fait leur devoir de citoyen français.
Enfin et c'est peut-être le plus scabreux pour nombre d'anciens résistants, c'est un véritable défi, et à leurs propres souffrances, et à leurs morts. Si la création récente d'une association des Résistants a pu calmer temporairement certains esprits échauffés, en leur enjoignant de se maintenir dans la légalité républicaine, il n'est pas dit que ces directives seront suivies indéfiniment. Une rencontre fortuite, un simple incident, pourraient amener certains à dépasser peut-être leurs pensées et les mettre dans une situation juridique difficile.
En conséquence on estime à Lannion et dans les environs que le départ rapide et définitif de la région de GEFFROY André est éminemment souhaitable, soit de sa propre initiative, soit sur intervention des Pouvoirs Publics, par application d'une interdiction de séjour à l'encontre de l'intéressé, pour l'ensemble de l'arrondissement."
Signé JIQUELLE.
Le préfet des Côtes-du-Nord (1) adressa une lettre au ministre de l'intérieur qui répondit en ces termes : "par arrêté du 4 avril 1957, a interdit pour 20 ans au sieur GEFFROY les départements suivants : Seine, Seine-et-Oise, Seine-Maritime, Finistère, Côtes-du-Nord, Ille-et-Vilaine, Loire-Atlantique".
"Depuis 1955 le sieur GEFFROY avait sollicité la remise de l'interdiction de séjour dont il était frappé or celle-ci vient de lui être accordée par le Président de la République (2) le 9 avril 1957".
André GEFFROY se retira à Landéda (Finistère) et décéda le 23 mai 1986 à Plouguerneau (Finistère) à 75 ans.


(1) le préfet des Côtes-du-Nord Raymond DEUGNIER de 1956 à 1959.
(2) le président de la République René COTTY de 1954 à 1959.


Sources : Archives Départementales des Côtes d'Armor : liasse 1043W21, 42W176