ANDRÉ LE BRAS
INGÉNEUR RESPONSABLE
DES PHARES ET BALISES DE LÉZARDRIEUX
LA HORAINE

Andr é LE BRAS

Extrait de l'ouvrage de Louis PICHOURON "Commandant Allain" : "Mémoire d'un Partisan Breton". IM 23 boulevard Laënnec (22) Saint-Brieuc.

Départ de la "Horaine", le 22 Novembre 1943
Le départ de la vedette "La Horaine" le 22 novembre 1943 pour l'Angleterre fut minutieusement préparé à la barbe de l'ennemi par André LE BRAS, ingénieur TPE et chef du Parc de balisage de Lézardrieux occupé par la Kriegsmarine.
Equipage de la vedette, tous volontaires : Patron, THOMAS Louis ; mécanicien, RICHARD Pierre ; matelot, le gardien de phare Jean LE MEUR ; autres personnes à bord : JÉZÉQUEL Charles, gardien de phare descendant qui devait embarquer aux Roches Douvres, et un passager inscrit au rôle d'équipage comme matelot ; le jeune JÉZÉQUEL Yvon qui, lui aussi, partait pour l'Angleterre s'enrôler dans les FNFL.
Le départ fut d'abord fixé pour le 15 novembre 1943. "La Horaine" devait partir pour assurer la relève du gardien de phare des Roches-Douvres, phare gardé par un groupe d'Allemands et situé à mi-route entre Lézardrieux et Guernesey.
Le plan consistait à se rendre au phare, à simuler une panne de moteur afin de ne reprendre la mer pour le retour qu'à la nuit tombante, ensuite faire prisonnier l'Allemand armé accompagnant obligatoirement l'équipage et faire route sur Plougrescant, anse de Goërmel, pour embarquer un groupe de personnalités qui devait partir pour l'Angleterre avec "La Horaine". Parmi eux se trouvaient le contre-amiral POTHUAU et le contrôleur général de la marine EMERY.
L'embarquement à Plougrescant avait été préparé par Monsieur Jean LE BIHAN, ingénieur TPE à Tréguier, et François BOULARD, patron pêcheur à Plougrescant ; mais le 15 novembre il y eut une tempête qui dura jusqu'au 17 ; le 18 attaque aérienne des bateaux allemands mouillés au port de Lézardrieux. "La Horaine" est touchée, son tuyau d'échappement est crevé.
Le 22 novembre 1943 le départ est effectif. Mauvais temps ; néanmoins la relève du gardien du phare des Roches-Douvres a lieu, la panne est simulée, le départ du phare à lieu vers 16 heures. Quelque temps après, l'Allemand s'étant approché du compas s'aperçut du changement de route, mais il n'eut pas le temps de demander des explications car une main se posa lourdement sur son épaule, une autre se ferma sur le canon de son fusil et il entendit la voix gouailleuse de Jean LE MEUR lui dire :
- Alors, Karl, tu vas venir avec nous en Angleterre, hein ?
À ce moment l'Allemand réalisa la situation et jeta autour de lui un regard désespéré. Les autres membres de l'équipage l'entourèrent et Jean LE MEUR lui dit gentiment :
- Allons, Karl, lâche ton fusil, autrement caput... tu boiras la tasse.
D'un coup sec, Jean lui enleva son fusil. Cinq minutes après Karl se trouvait allongé sur le panneau de la vedette ficelé comme un saucisson.
Pendant ce temps "La Horaine" continuait sa route sur la pointe de Plougrescant et elle arriva à 18 heures en face de l'anse de Goërmel. Mais il faisait nuit, la mer était houleuse et, comble de malchance, une brume épaisse entourait la vedette, lui interdisant l'approche de cette côte sauvage.
Au bout d'une heure d'attente et ne voyant toujours rien, le patron de "La Horaine" mit le cap sur l'Angleterre, il était 19 heures.
Le lendemain matin 23 novembre 1943, "La Horaine" arriva en vue des côtes anglaises, devant Dartmouth. Mais quelle ne fut pas leur stupéfaction de voir le prisonnier allemand transformé en nègre : effectivement on ne voyait plus que le blanc de ses yeux. L'explication de cette métamorphose fut donnée par le tuyau d'échappement en face duquel il se trouvait allongé et qui avait été crevé par l'attaque aérienne de la RAF (Royal Air Force) contre les bateaux allemands de Lézardrieux quelques jours avant le départ.
Quant à "La Horaine", son approche des côtes anglaises avait été signalée car elle se trouva arraisonnée par un navire garde-côte anglais armé de canons et de mitrailleuses lourdes (John Bull faisait bonne garde). Un détachement de marins anglais, commandé par un officier, monta à bord du "La Horaine".
L'officier anglais interrogea d'abord l'équipage et ensuite le prisonnier allemand (l'officier connaissait l'allemand) ; après avoir fini son interrogatoire, il se retourna vers les marins de "La Horaine" et leur dit :
- Le prisonnier m'a dit que vous l'aviez maltraité, mais il n'a pas été à même de me dire comment.
Cette fausse déclaration de la part du prisonnier allemand provoqua l'indignation de l'équipage de la vedette :
- Oh ça alors !
Après cet incident l'officier anglais demanda aux Français de se grouper sur le pont de la vedette, face au détachement de marins anglais en armes. Un commandement bref retentit, l'Angleterre rendait les honneurs à ceux de "La Horaine".
Le garde-côte anglais escorta "La Horaine" jusqu'au port de Dartmouth d'où nos évadés, après la mise à jour de la situation, furent dirigés sur Londres (Centre d'accueil de Penbrook) et admis dans les FNFL.
Le jeune Yvon JÉZÉQUEL, lui, entra dans les services secrets et fut débarqué en France pour accomplir une mission spéciale, mais malheureusement il tomba entre les mains de la Gestapo et, comme sa sœur, il mourut dans un camp de concentration en Allemagne ; le jeune Yvon JÉZÉQUEL ne devait plus revoir ses parents.
Karl, le prisonnier allemand de "La Horaine", eut plus de chance d'être tombé entre les mains d'hommes dignes de ce nom et termina sa captivité au Canada, d'où il put écrire à ses copains de la Kriegmarine de Lézardrieux.
Le 8 mars 1943 la vedette "La Horaine" avait déjà manqué un départ pour l'Angleterre. Avec l'accord de Monsieur André LE BRAS, ingénieur TPE à Lézardrieux, six jeunes gens devaient embarquer pour l'Angleterre afin de s'enrôler dans les Forces Françaises Libres, mais ayant été dénoncés par un traître, ils furent arrêtés par les Allemands au moment où ils allaient monter à bord et furent expédiés tous les six sur les camps d'extermination en Allemagne.
Il s'agit de : LE DU Yves, LE DU Georges, RAZAVET André, COATANROCH Jean, LE CORRE Yves, de Lézardrieux ; LE BIHAN, de Landébaëron.