OPÉRATION DE POLICE
LE 4 JUIN 1944
DANS LE SECTEUR DE PERROS-GUIREC


Un milicien infiltre la Résistance à Perros-Guirec
Mathilde MAUDEZ veuve d'Yves LE MERRER, témoigna le 13 juin 1945.

"Au mois de septembre 1943, un groupe de Résistance s'était constitué à Perros-Guirec, il y avait notamment Louis MEUDEC, Jean PLUNET, Jean RIOU, Jacques MARGATÉ et Jean MENEZ.
Au mois de novembre 1943, mon mari demanda à faire partie de ce groupe, puis il pris le groupe en main et forma la compagnie de Perros-Guirec. Ce groupe s’agrandi avec l’arrivée d'Albert ÉTIEMBRE et de quelques autres.
La compagnie était formée, les armes reçues, elle attendait le débarquement et les ordres quand, à la fin du mois d'avril 1944, René GUILLOU fut l’objet de conversations entre mon mari et moi, il était ami intime de Jean RIOU. Je conseillais à mon mari de le prendre dans sa formation. Après beaucoup d’hésitations, mon mari se laissa convaincre. René GUILLOU travaillait à l'entreprise TODT de Morlaix dans le Finistère qui construisait des fortifications pour l'armée allemande sur la côte à Primel-Trégastel en Plougasnou.
Dans les jours qui suivivirent son engagement, René GUILLOU demanda à mon mari s’il ne voudrait pas prendre dans son groupe deux copains du chantier de la TODT dont un nommé Hervé BOTROS. Après réflexion, mon mari accepta et dit à René GUILLOU de faire venir ses deux copains à Perros-Guirec.
Le 2 mai 1944, Albert VOM HOËVEL, René GUILLOU et Hervé BOTROS vinrent au "Cheval Blanc", mon mari leur remis une mitraillette et un pistolet en vue de récupérer une caisse de la TODT contenant de l'argent à Primel-Trégastel, armes qu'ils devaient rendre après le coup de main, ils passèrent la nuit au "Cheval Blanc" et repartirent le lendemain matin.
L’attaque de la TODT échoua car au lieu de se trouver en présence d’un motocycliste avec la caisse, les patriotes se heurtèrent à une automobile dans laquelle se trouvaient des soldats allemands en armes.
Dix jours plus tard, René GUILLOU est revenu à Perros-Guirec sans les armes en nous disant que l’opération avait échoué, mon mari les lui réclama et la mitraillette fut rendue mais pas le revolver".

A Primel-Trégastel en Plougasnou, un groupe de Résistants travaillant à la construction d'édifices du mur de l'Atlantique pour l'entreprise TODT s'était constitué, parmi eux, il y avait Albert VOM HOËVEL, Jean LOYEN, Léon GUILLOUX, Marcel AUBERTIN, Pierre TREGUIER, René GUILLOU et Émile MAINGUY.
Parmi ce groupe, 4 furent dénoncés par Hervé BOTROS et André GEFFROY et arrêtés le 8 juin 1944 par les Allemands : Albert VOM HOËVEL, Jean LOYEN, Léon GUILLOUX, ils seront fusillés le 30 juin 1944 à Saint-Jacques-de-Lande (Ille-et-Vilaine) et Marcel AUBERTIN, il sera envoyé en camp de concentration en Allemagne d'où il ne reviendra pas.
Hervé BOTROS et André GEFFROY se font passer pour des Résistants, parlant breton mettant ainsi les ouvriers de la TODT en confiance, ils vont obtenir avec eux des renseignements.
Hervé BOTROS est venu à plusieurs reprises à Perros-Guirec avec René GUILLOU, dans le but d'obtenir des armes et ainsi en connaitre le ou les détenteurs ainsi que leur provenance. René GUILLOU le mettra en contact Yves LE MERRER le patron de l'hôtel restaurant le "Cheval Blanc" l'un des responsables de la Résistance sur le secteur.

Hervé BOTROS et André GEFFROY habitaient la côte du nord Finistère sur des communes proches du littoral n'étant séparés l'un de l'autre que de quelques kilomètres, Hervé BOTROS demeurait à Lanmeur dont il était originaire, André GEFFROY bien qu'originaire de Lannion habitait Locquirec.
Hervé BOTROS était membre du kommando de Landerneau, André GEFFROY du bezen PERROT.
Miliciens, ils s'étaient mis au service de l'occupant.



L'opération de police du 4 juin 1944 dans le secteur de Perros-Guirec
Nous sommes à deux jours du débarquement des troupes alliées sur les plages de Normandie.
Yves LE MERRER tient avec sa famille l'hôtel restaurant du "Cheval Blanc" appartenant à Monsieur TRÉGOAT situé au 6 rue des frères Le Montréer à Perros-Guirec, c'est un ancien sous-officier de la coloniale en retraite qui n'a jamais admis la capitulation et la trahison du gouvernement de Vichy.
Il est également un des responsables avec Yves LE CHEVALLIER de la compagnie FTP "Gabriel Péri". Dans cet hôtel restaurant les Allemands ne viennent jamais prendre leurs repas, il peut s'y tenir de ce fait avec une certaine facilité et sécurité des réunions de membres de la Résistance.
Toute la famille LE MERRER est bien évidemment au courant des activités de Résistance du patron de l'hôtel restaurant, et chacun apporte son aide activement ou passivement.

Dimanche 4 juin 1944, début de l'opération de police au bourg de Pleumeur-Bodou à 4h du matin
Le bourg fut réveillé par un vacarme infernal. Que se passait-il au juste ? Nul ne le savait. Lumière éteinte, et, le jour à cette date et à cette heure était déjà clair.
A travers les persiennes fermées, plusieurs personnes remarquèrent le passage d'une colonne bien fournie de soldats d'occupation. Environ 2 000 se postèrent un peu partout et surtout dans le bois environnant, et ce, à plusieurs kilomètres à la ronde.
Le bourg de Pleumeur-Bodou est cerné par des militaires allemands et une équipe de la milice PERROT de Rennes en uniforme de la Wehrmacht, ils se rendent au domicile de Jean LE MORVAN, instituteur, Résistant membre d'un réseau, puis ils l'obligent à les suivre pour se rendre à l'école communale de Pleumeur-Bodou dans laquelle enseigne Jean LE MORVAN, ils perquisitionnent sa classe.
Il fut supposé par son épouse que "Jean LE MORVAN pensant être à l'abri des regards tenta de dissimuler des documents, malheureusement un Allemand le vit faire, des pièces compromettantes furent trouvées".
Jean LE MORVAN se voit pris, il tente le tout pour le tout, bouscule des militaires et tente de s'enfuir de l'école. Le bourg est cerné, il n'a aucune chance de s'échapper, repéré tout près de son école il est abattu.
Les Allemands trouvent sur Jean LE MORVAN une photographie d'une équipe de football de Pleumeur-Bodou dont il est le secrétaire, quatre personnes figurant sur la photo sont reconnues et arrêtées puis relâchées par la suite.
Ils trouvent également chez Jean LE MORVAN les licences de 6 membres de l’Association Sportive de Pleumeur-Bodou membres actifs de la Résistance qui sont arrêtés : Yves DUPRE, Jean GUILLOU, Jacques LE CUNFF, Jean LE DANTEC, Louis LE GALL, Patrice LE ROUX.
Patrice LE ROUX, Jean LE DANTEC et Louis LE GALL s'évaderont en gare de Bourges (Cher) du train devant les conduire en Allemagne.
Yves DUPRE, le 30 juin 1994, partira de la gare de l'Est pour l'Allemagne vers les prisons du Reich, il sera libéré par les alliés le 2 mai 1945.
Jean GUILLOU et Jacques LE CUNFF, aucun renseignement trouvé sur leur sort.

L'épouse de Jean LE MORVAN témoigna dans un rapport de gendarmerie :
"Dimanche 4 juin, vers 5h30, j’ai entendu frapper à la porte. Mon mari a ouvert et plusieurs militaires allemands sont entrés dans la maison. Ils ont perquisitionné mais ils n’ont rien trouvé. La fouille terminée, ils ont demandé à voir sa salle de classe.
Vers 6h30, j’ai entendu plusieurs rafales de mitraillettes.
Vers 11h, un officier allemand m’a dit : "Votre mari est tué. C’est tout ce qu’il mérite. Chez nous on tue tout de suite". Il m’a ensuite montré un cahier et il m’a demandé si je reconnaissais l’écriture de mon mari. Je lui ai répondu affirmativement. Il m’a ensuite montré plusieurs plans représentant le littoral de Servel à Louannec avec indication des ouvrages de défense. L’officier m’a dit que ces documents avaient été trouvés dans la salle de classe de mon mari. Mon mari ne m’a jamais dit qu’il faisait partie d’une association de patriotes. Il était secrétaire de l’association sportive Pleumoroise qui est une équipe de football".

Seuls les plus proches de sa famille furent autorisés par l’occupant à suivre le cortège funèbre lors de ses obsèques.
Le prêtre portait la croix, quatre porteurs, le corps suivi de son épouse, sa mère et sa belle sœur. Son beau frère et sa sœur ne purent suivre ce cortège funèbre.
Il passa à l'église pour l'absoute, et, à 7h du matin, sur ordre des autorités allemandes il fallait que soit fini.


Jean LE MORVAN
Dimanche 4 juin 1944, début de l'opération de police au bourg de Perros-Guirec avant 4h du matin
Ce dimanche 4 juin, la journée s'annonce belle, certains se préparent à aller à la messe dominicale, c'est l'occasion de connaître les dernières nouvelles et pour les hommes de boire un petit coup à la fin de la cérémonie.
Rien ne laisse penser que Perros-Guirec va être le théâtre d'événements tragiques, qui vont toucher particulièrement dans leurs chairs : une jeune femme, 8 hommes et un adolescent de 16 ans, et ce parmi les plus braves, car tous résistants actifs ou passifs, plongeant dans l'angoisse et le deuil plusieurs familles.

Dimanche 4 juin 1944, vers 4h du matin
Des militaires allemands guidés par une vingtaine d'autonomistes, dont deux encadrant le groupe sont reconnus : Hervé BOTROS du kommando de Landerneau (introduit dans le réseau de la Résistance locale) et André GEFFROY du bezen PERROT (milice composée d'autonomistes, sous l'autorité de l'occupant et dont les membres sont habillés avec l'uniforme noir semblable à ceux des Allemands) et des militaires russes blancs enrôlés dans l'armée allemande, arrivent dans plusieurs camions venant de Lannion, Plouaret, Plounévez-Moëdec, Trébeurden... ainsi que des hommes de la SPAC de Rennes (Section de Protection Anti Communiste), habillés en civil.
Les russes blancs ont une sinistre réputation, ils se comportent comme des sauvages, tirant sur tout ce qui bouge, violant, s'enivrant à la moindre occasion. Ils ont commis en divers endroits des crimes monstrueux.
Plusieurs centaines, vraisemblablement 2000 militaires, commencent l'encerclement et l'isolement de Perros-Guirec.

Ils se rendent directement à l'hôtel restaurant du "Cheval Blanc" tenu par la famille LE MERRER.

Les autonomistes, vont commencer à appliquer avec la plus extrême sauvagerie leurs méthodes habituelles sur des membres de la famille LE MERRER.
Ils ouvrent avec violence la porte d'entrée du "Cheval Blanc" et sous les coups ils réunissent toute la famille dans la grande salle à manger de l'établissement. Le grand-père et une cousine de la famille Michèle MAUDEZ âgée de 17 ans sont enfermés au 2e étage, de cet endroit ils vont entendre les cris de douleur provoqués par les sévices que vont subir les personnes passant entre les mains des tortionnaires (autonomistes et russes blancs).
Les brutes s'acharnent sur toute la famille, personne n'est épargné, c'est Hervé BOTROS qui dirige les opérations avec l'aide des tortionnaires miliciens ils exécutent "la sale besogne", les Allemands assistant sans intervenir au "spectacle".
Le père Yves LE MERRER, âgé de 45 ans, contraint de s'allonger à terre fut roué de coups avec un nerf de boeuf.
Jean LE LANNOU, 24 ans, gendre d'Yves LE MERRER, contraint lui aussi de s'allonger à terre fut roué de coups avec un nerf de boeuf, d'un coup de talon Hervé BOTROS lui écrasa les doigts de la main.
Yves LE MERRER fut à nouveau frappé à l'aide d'une corde à noeuds, avec une telle violence que les coups provoquèrent des déchirures au ventre d'où sortaient les intestins.
Tous ces actes se faisant devant la famille.
Les mêmes questions sont répétées sous les coups qui pleuvent :
"Qui sont tes supérieurs ?", "Où ont lieu les parachutages", "Quels sont les lieux de rendez-vous ?"
Odette LE MERRER, âgée de 20 ans, la fille d'Yves est violée, pendue par les pieds et frappée à coups de nerf de bœuf jusqu'à évanouissement. Le sang coule ...
Rémy LE MERRER, âgé de 16 ans, le fils d'Yves subit à son tour des sévices, il hurle de douleur et demande pitié.
Raymonde LE LANNOU, âgée de 20 ans, fille d'Yves, qui est nouvellement marié à Jean LE LANNOU, serre son bébé de six semaines dans ses bras, celui-ci lui est arraché, et ces brutes se le jettent l'un à l'autre en hurlant : "Parles ou nous le tuons !", "Où sont cachées les armes ?", "Qui est le chef ?", "Combien y a t'il de terroristes dans le groupe ?".
Madame Mathilde LE MERRER, épouse d'Yves est elle aussi brutalisée, elle s'évanouie et tombe par terre, les autonomistes continuent malgré tout à la frapper.
Pour donner une idée de la violence de ces brutes (autonomistes et russes blancs), des traces de sang marquent les murs de l'hôtel restaurant.

Mathilde MAUDEZ veuve d'Yves LE MERRER, témoigna le 13 juin 1945

"Le 4 juin 1944, vers 4h du matin, les Allemands sont arrivés à la maison. Certains parlaient breton entre eux. J’ai bien reconnu Hervé BOTROS, habillé en officier allemand, et qui participait aux mauvais traitements infligés à mon mari et à mes enfants.
Nous n’avons été relâchées, ma fille Raymonde et moi, que vers 19h30. Pendant toute la journée, nous n’avons entendu que des cris de douleur. A 20h30, les Allemands firent sauter la maison.
Mon gendre m’a dit que les dernières paroles de mon mari ont été que c’est René GUILLOU qui avait tout vendu.
Par ailleurs, Marie BROCHER, demeurant à Bégard, rentrée de Ravensbrück, m’a dit qu'Odette ma fille lui avait dit que la personne qui les avait dénoncé faisait partie du groupe".


Yves LE MERRER

Jean LE LANNOU

Rémy LE MERRER

Odette LE MERRER
 

Dimanche 4 juin 1944, vers 5h30 du matin
Hervé BOTROS connaît les lieux, pour y être venu, aidé de son groupe de tortionnaires, il fait traîner Yves LE MERRER ensanglanté et quasiment inconscient rue du Chemin de la Messe chez Monsieur et Madame Émile PIRIOU à la villa "Castel-ar-Mor" que Hervé BOTROS connaît pour y être venu également. Jacques MARGATÉ, Résistant les aperçoit et réussit à s'échapper par un passage souterrain reliant la propriété à un terrain de tennis situé l'autre côté de la rue. Jean RIOU, 23 ans, ami d'Odette LE MERRER, tente d'aller récupérer une mitraillette dissimulée dans un massif d'hortensias.
Repéré, il est abattu à 5 heures 30 à proximité de la villa "Castel-ar-Mor". Cinq balles lui atteignirent le thorax, une autre un phalange du pouce gauche.
Des vols furent commis au préjudice de la famille PIRIOU : un sac à main caché dans une armoire contenant la somme de 40 000 F et une montre homme en or.
Monsieur et Madame Émile PIRIOU sont à leur tour malmenés et conduits au "Cheval Blanc", ils seront relâchés peu après. Hervé BOTROS leur ayant dit en breton, au moment qu'ils étaient arrêtés : " Ne vous inquiétez pas, vous serez libérés ".


Jean Riou
Dimanche 4 juin 1944, vers 8 h du matin
C'est l'heure ou beaucoup de Perrosiens se rendent à la messe du dimanche, ils passent devant le "Cheval Blanc", tous sont arrêtés et priés de se placer face à un mur.
Deux gendarmes de la brigade de Perros-Guirec Yves LE CORRE et Gabriel ANDRIEUX (qui sera tué le 9 juin 1944 au cours d'un combat au Guillors en Louannec), partant à bicyclette en mission à Trévou-Tréguignec pour une affaire de vol, passent devant le "Cheval Blanc", ils ignorent ce qu'il se passe à l'intérieur, ils sont priés eux aussi par un officier allemand de s'arrêter et de poser leurs bicyclettes contre un mur, ils leurs demandent aussi de s'aligner contre ce mur avec d'autres civils qui sont déjà empêchés de passer.
Les deux gendarmes profitent du relâchement de la surveillance de l'officier qui fait le va et vient entre l'hôtel restaurant et la rue, ils réussissent à prendre la fuite à l'aide de leurs bicyclettes. Leur témérité a sans doute sauvé la vie des deux gendarmes, car Hervé BOTROS ignore à ce moment l'appartenance des gendarmes à un réseau de Résistance. Les deux gendarmes durent ensuite entrer dans la clandestinité et rejoindre un maquis.
S'étant aperçu de la fuite des deux gendarmes, Hervé BOTROS donne l'ordre de monter à la brigade de gendarmerie.
Le groupe de tortionnaires se rend à la brigade de la gendarmerie, toute proche du "Cheval Blanc", à environ 300m au 47 rue des frères Le Montréer, qu'ils investissent, semant la terreur, tirant en l'air dans les locaux, des impacts de balles seront d'ailleurs visibles dans le bureau et l'escalier.
Personne à la brigade de gendarmerie est au courant des événements du "Cheval Blanc".
Le gendarme Auguste HAMON est seul de service au bureau. Il est immédiatement arrêté et brutalisé.
L'adjudant François LE JEUNE est chez lui, dans son logement de fonction, faisant sa toilette, il vient d'être nouvellement nommé à la brigade. Il doit suivre l'autonomiste venu l'arrêter, il est frappé à coups de crosse de fusil pour descendre les escaliers. A Madame LE JEUNE, qui veut tendre un lainage à son époux, pour ne pas qu'il prenne froid on lui fait cyniquement remarquer : "Ne vous inquiétez pas Madame, il n'en aura pas besoin".
Puis ils sont emmenés tous les deux à pied au "Cheval Blanc", recevant tout au long du parcours des coups de crosses de fusil de la part de leurs tortionnaires. Arrivés au "Cheval Blanc", Hervé BOTROS s'acharne sur eux, les laissant ensanglantés par terre sans connaissance, ils sont horriblement marqués par les coups reçus.
On peut penser que si Hervé BOTROS avait été au courant de l'activité de Résistants des deux gendarmes, il aurait dépêché à la gendarmerie plusieurs de ses tortionnaires.


Gabriel ANDRIEUX
Auguste HAMON
François LE JEUNE

Stèle de la gendarmerie de Perros-Guirec

Dimanche 4 juin 1944, de 8h jusqu'à midi
Après avoir subis de nombreux sévices, les malheureux sont méconnaissables.
Hervé BOTROS détient une liste de Résistants de Perros-Guirec.
Le groupe de tortionnaires se rend en camion, au 41, rue du Maréchal Joffre, au domicile d'André BONNOT, membre actif de la Résistance, celui-ci n'est pas à son domicile, le père d'André, Aristide qui est présent est roué de coups, avec une telle violence qu'un témoin, verra du sang couler de son pantalon.

Ils veulent aussi arrêter l'employé d'Aristide BONNOT, Albert ÉTIEMBRE, mais ils ne le trouvent pas à son domicile, malheureusement Albert ÉTIEMBRE commet l'imprudence de se faire voir, il est à son tour arrêté au 43, rue du Maréchal Joffre. Lui aussi est roué de coups avec une extrême violence. Ils sont tous les deux embarqués dans un camion.

Le camion descend ensuite vers le port au 79, rue Ernest Renan, les tortionnaires pensent y trouver André BONNOT chez son oncle le père d'Yvon BONNOT, qui fut Maire de Perros-Guirec, tenant à cet endroit une entreprise de menuiserie. Ils trouvent la porte close qu'ils enfoncent. Heureusement personne ne se trouve sur les lieux. A bord du camion Aristide BONNOT et Albert ÉTIEMBRE rejoignent le "Cheval Blanc". Ils trouvent sur les lieux la famille LE MERRER et les deux gendarmes déjà arrêtés.

Albert CABROLIÉ tient le café tabac "le café du bourg" situé au 19, place de l'église est lui aussi arrêté à son domicile par les allemands, un mur sépare son domicile de celui du "Cheval Blanc", les Allemands ont remarqué une échelle posée contre le mur, ils le soupçonnent de l'utiliser pour aller au "Cheval Blanc", il est arrêté et rejoint à son tour les autres personnes au "Cheval Blanc". 20kg de tabac, deux valises, un poste TSF ainsi que trois appareils photos sont volés.

Entre temps la solidarité fonctionne chez les Résistants, Madame BONNOT au courant de la rafle prévient Louis MEUDEC qui habite chez ses parents en bas du bois d'Amour, celui-ci prévient son camarade Jean PLUNET. Autre exemple de solidarité, Yves PAUVY alité à cause d'une bronchite, se réfugie chez sa tante qui habite le Linkin, il reçoit la visite du Docteur SALIOU qui lui suggère d'aller se cacher ailleurs, écoutant les conseils du médecin, il part à l'abri dans la forêt de Beffou à Loguivy-Plougras.
Louis MEUDEC et Jean PLUNET, décident de quitter Perros-Guirec, et partent en direction de Pleumeur-Bodou pour se rendre dans une petite ferme à Barnabanec en Pleumeur-Bodou en évitant les routes, chez la fiancée ce dernier.
Occupés à casser du bois, ils aperçoivent une voiture allemande passer sur la route, comprenant le danger, ils tentent de se cacher. Un camion qu'ils n'avaient pas vu venir passe à son tour, ils sont aperçus par les Allemands, poursuivis et rattrapés, ceux-ci les obligent à monter dans le camion à l'intérieur duquel plusieurs personnes s'y trouvent déjà, puis ils sont amenés au "Cheval Blanc".

Finalement une quinzaine de personnes se trouvent au "Cheval Blanc" prisonniers, ils y passent une bonne partie de la journée, ils seront moins battus par la suite leurs tortionnaires n'en pouvant plus de frapper.


Aristide BONNOT

Albert ÉTIEMBRE

Albert CABROLIÉ

Jean PLUNET

Louis MEUDEC
Dimanche 4 juin 1944, les Allemands se rendent à Trégastel à 11h
Les Allemands ont obtenu des renseignements sur la participation de François PRIGENT comme responsable d'un groupe de Résistants FTP sur le secteur de Trégastel.
Vers 11h, à la sortie de la messe, des militaires allemands dont un parlant parfaitement le français se rendent au domicile de François PRIGENT au 7 rue Poul-Palud à Trégastel, par chance mais aussi par prudence il est absent.
François PRIGENT vit dans cette maison avec son épouse Louisette née LE GALL qui tient un petit commerce et leur fillette Francette âgée de 11 ans.
Madame Louisette PRIGENT est sommée par les Allemands de faire prévenir son mari de venir le jour même à un rendez-vous à 16h, devant l'église Saint-Jacques de Perros-Guirec pour se rendre aux autorités d'occupation.
A 12h, François PRIGENT de passage à son domicile, informé de la situation par son épouse, Préssentant le piège tendu, ils décidèrent de ne pas se rendre au rendez-vous.
Le même jour, après 16h, les Allemands reviennent au domicile de la famille, un délai de 15 mn leur est donné pour évacuer tout ce qui peut l'être. Des meubles et autres affaires personnelles sont entassés pêle-mêle dans la rue.
François PRIGENT étant peintre possède un atelier dans lequel il entrepose son matériel professionnel dont des outils, de la peinture et divers solvants.
Avant que les Allemands mettent le feu à la maison Madame Louisette PRIGENT et sa fillette Francette se réfugient dans une maison proche. Pour protéger sa fillette elle lui interdit de sortir de la maison.
Les Allemands prennent un pot de peinture, un pinceau et un bidon de solvant inflammable dans l'atelier de François PRIGENT. Ils déversent le contenu du liquide sur la maison et y mettent le feu.
Malgré l'interdiction de sortir de la maison d'accueil Francette réussira à en sortir et verra la maison familiale en flammes.
Les Allemands continuant leur sale besogne récupèrent une porte en bois parmi les choses entassées dans la rue et à l'aide du pinceau et du pot de peinture écrivent : "ceci fut la demeure d'un terroriste" qu'ils fixent à un poteau téléphonique.
N'ayant plus de toit, Madame PRIGENT et sa fillette Francette s'installent dans une petite maison appartenant à son beau-père Yves PRIGENT.
Devant la tragédie que vient de vivre la famille, Madame PRIGENT et sa fillette ne purent pas compter sur la solidarité du voisinage, au contraire certaines personnes vinrent récupérer des objets qui avaient été déposés à l'extérieur de la maison avant l'incendie.
La maison fut reconstruite après-guerre portant le nom de "TY FANFAN", la "maison de FANFAN".

François PRIGENT et Jean DAGORN abattus le 22 juillet 1944
à Pen-ar-Guer en Pleumeur-Bodou

Les Allemands sont à la recherche François PRIGENT, ils se rendent au domicile d'Yves PRIGENT le père de François âgé de 60 ans qui demeure dans un hôtel au 120 rue Poul-Palud à Trégastel, il est arrêté par André GEFFROY membre du bezen PERROT.
Jean le frère de François PRIGENT habite route du Phare chez ses beaux-parents à Ploumanac'h en Perros-Guirec, il vient rendre visite à son père, en cours de chemin il est stoppé par un barrage de contrôle tenu par des militaires allemands, déclinant son identité il est arrêté.
Ces militaires avaient vraisemblablement pour ordre d'arrêter toutes les personnes s'appelant PRIGENT.
Ils seront emmenés à Lannion dans une maison bourgeoise servant de prison appartenant à la famille Tassel de Beauregard, située à côté de l'ex collège Charles Le Goffic.


Jean PRIGENT

Yves PRIGENT

François PRIGENT
Dimanche 4 juin 1944, vers 17 h
Deux camions allemands s'arrêtent devant le "Cheval Blanc". 9 personnes y sont poussées brutalement et conduites à l'Hôtel de la Poste de Lannion qui est la feldkommandantur des occupants et est actuellement l'agence du journal "Ouest France".
7 des 9 malheureux ne reviendront jamais, ils vont quitter le Trégor pour toujours.

Dimanche 4 juin 1944, vers 20 h30
Après le départ des 9 personnes, les tortionnaires terminent leur "sale besogne", Madame Mathilde LE MERRER, sa fille Raymonde LE LANNOU avec son bébé de six semaines, la cousine Michèle MAUDEZ et le grand-père sont jetés à la rue, hébétés de souffrances et d'angoisses et dans le plus grand dénuement. Toutefois Raymonde LE LANNOU retrouvera un moment de lucidité en pensant à son bébé, et osera demander qu'on lui laisse prendre des vêtements pour lui. C'est un soldat allemand outré du comportement des miliciens qui lui facilitera la tâche.
Des voisins vont recueillir la famille LE MERRER, c'est à dire Madame Mathide LE MERRER, sa fille Raymonde avec son bébé, le grand-père et la cousine Michèle MAUDEZ.
Avant de quitter les lieux, le "Cheval Blanc" est pillé et certains individus notamment les russes blancs, s'emparent de bouteilles d'alcool avec lesquelles ils vont s'enivrer. Puis les autonomistes posent deux charges de dynamite et en quelques minutes le "Cheval Blanc" est la proie des flammes et s'écroule, il ne sera jamais plus ouvert comme hôtel restaurant.

Le miliciens Hervé BOTROS est très bien renseigné sur les habitudes des personnes arrêtées et connaît parfaitement les lieux pour y avoir été introduit par René GUILLOU étant venu à plusieurs reprises séjourner à Perros-Guirec.

Les 13 personnes arrêtées sont transférées à Lannion pour certains dans une maison bourgeoise servant de prison appartenant à la famille Tassel de Beauregard, située à côté de l'ex collège Charles Le Goffic pour d'autres à la maison d'arrêt. La plupart sont des Résistants.

L'opération de police du 4 juin 1944 impliqua 15 personnes.
2 ont été abattus : Jean LE MORVAN et Jean RIOU.
1 décéda sous la torture : Yves LE MERRER.
12 vont être déportées en Allemagne : Aristide BONNOT, Albert CABROLIÉ, Albert ÉTIEMBRE, Auguste HAMON, François LE JEUNE, Jean LE LANNOU, Odette LE MERRER, Rémy LE MERRER, Louis MEUDEC, Jean PLUNET, Yves PRIGENT et Jean PRIGENT.

Lundi 5 juin 1944
Il semble qu'une partie voire la totalité des personnes arrêtées furent incarcérées dans la maison de la famille TASSEL de BEAUREGARD, grande maison située à côté de l'ex collège Charles LE GOFFIC, maison servant de lieu de détention et de tortures, elle était située à l'époque sur la commune de Brélévenez aujourd'hui intégrée à Lannion.
Hervé BOTROS continue dans cet endroit l'interrogatoire d'Yves LE MERRER et ses tortures sadiques posant toujours les mêmes questions : "Où sont les armes Anglaises ?", "Qui sont tes chefs ?", "Où sont les planques ?".
N'obtenant aucune réponse, Hervé BOTROS abandonne Yves LE MERRER dans une cellule où se trouve son gendre Jean LE LANNOU et son fils Rémy. C'est à cet endroit qu'Yves LE MERRER va mourir, suite aux sévices que lui ont fait subir son tortionnaire. Son décès fut enregistré sur la commune de Brélévenez.
On retrouvera sa dépouille dans une fosse aux alentours du camp d'aviation de Servel le 30 novembre 1944, avec des traces de tortures et de mutilations.

Mercredi 7 juin 1944, départ vers une destination inconnue
Les 12 détenus passent leur temps à attendre et à essayer de panser leurs plaies, tous sont transférés à celle de Saint-Brieuc.
Le 7 juin 1944 dans la soirée, ils partent avec d'autres détenus pour le camp d'internement Marguerite de Rennes (Ile-et-Vilaine).

A une date non connue Aristide BONNOT, Albert CABROLIÉ, Albert ÉTIEMBRE, Auguste HAMON, François LE JEUNE, Jean LE LANNOU, Rémy LE MERRER, Louis MEUDEC, Jean PLUNET et Yves PRIGENT sont transférés au camp d'internement de Royalieu à Compiègne (Oise), le 28 juillet 1944 ils partent pour le camp de concentration de Neuengamme en Allemagne dans un train comprenant 1652 hommes dans des wagons à bestiaux, le train passe par Soissons (Aisne), Reims (Marne), Charleville-Mézières et Carignan (Ardennes), Longwy et Audun-le-Roman (Meurthe-et-Moselle), Thionville (Moselle), puis en Allemagne par Trèves, Cologne, Hambourg et Bergedorf, gare proche de Neuengamme y arrivant le 31 juillet 1944. A leur arrivée les 10 détenus sont dispersés dans différents kommandos qui sont des camps de travail forcé.

Lors du passage en gare de Soissons dans la nuit du 28 au 29 juillet 1944, les allemands s'aperçoivent qu'un trou a été creusé dans le plancher en bois du wagon, deux de leurs camarades pris au hasard : Louis JANNIN de Pontrieux et Yves LE GUEN de Pleubian sont assassinés (une plaque commémorative rappelle ce triste événement), c'est à Jean KERAMBRUN de Kerbors rescapé de Neuengamme que nous devons ce témoignage.

Odette LE MERRER et Jean PRIGENT sont du dernier convoi ferroviaire qui part de Rennes le 4 août 1944, passant par Nantes, Saint-Marc-du-Désert, Ancenis (Loire-Inférieure ; Loire-Atlantique), Langeais, Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), Dijon (Côtes-d'Or). Le convoi est mitraillé par l'aviation britannique faisant plusieurs tués et blessés, certains détenus en profitent pour s'évader. Le convoi arrive le 15 août 1944 au camp d'internement de Fort-Hatry à Belfort (Territoire-de-Belfort) à proximité de la frontière avec la Suisse.

Tous ces transports se faisant dans des wagons à bestiaux clos, vers les camps de concentration, et cela dans des conditions inhumaines.

Des 12 déportés seuls 3 d'entre-eux reviendront des camps de la mort, méconnaissables et squelettiques :
Jean LE LANNOU, Louis MEUDEC et Jean PRIGENT.

biographie des victimes et des survivants

témoignage de Louis MEUDEC

Stèle de la rafle du 4 juin 1944 à Perros-Guirec