Le père de Roger, Jean-Marie MADIGOU, originaire de Plounévez-Moëdec, était entrepreneur en maçonnerie à Louargat ; sa mère, Marie-Françoise LIRZIN, originaire de Loc-Envel, tenait un bistro-épicerie ; elle était décédée quelques jours après sa naissance, le 1er Janvier 1924. Roger avait donc été élevé par la seconde femme de son père, une femme originaire de Cavan que l’on appelait Soize. Roger avait fait ses études secondaires à l'Ecole Primaire Supérieure de Guingamp. Du 30 septembre 1941 au 15 juillet 1942, il avait travaillé à la Mairie de Louargat comme aide-secrétaire de mairie, pour un salaire mensuel de 791 francs. Son amie, Eliane COLIN, originaire de Paimpol, était la fille d’un gendarme de Plouaret. Elle est venue plusieurs fois se recueillir sur la tombe de Roger.
C'est par l'intermédiaire de son cousin Paul NOGRÉ de Loc-Envel que Roger était entré dans la Résistance. Il était CE (Commissaire aux Effectifs) de la compagnie " La Tour d'Auvergne ", chargé de tenir l'état des effectifs de ceux qui avaient accepté une participation active dans la Résistance, assurant la liaison entre les sections de Callac, Belle-Isle-en-Terre, Loc-Envel et Louargat et détenant la liste des membres de ces sections, soit plus de quatre-vingts résistants.
À Louargat, il faisait partie d'un groupe de FTP qui comprenait Louis LALÉS, responsable du FN ; Armand TILLY, CO (Commissaire aux Opérations) et Eugène LE LAGADEC.
Il participa à diverses actions :
- Distributions de tracts provenant du mouvement de la résistance FTPF (Francs Tireurs Partisans Français) et du FN (Front National pour la Libération de la France).
- Saisie de tampons à la mairie de Louargat pour faire des faux papiers.
- Saisie d'une machine à écrire à la mairie de Louargat pour écrire les tracts (cette machine fut retrouvée chez lui lors de son arrestation à Loc-Envel le 12 avril 1944).
- Recrutement, encadrement et formation de nouveaux résistants.
Dans la nuit du 5 au 6 avril 1944, sur dénonciation du docteur Marc DASSONVILLE (voir sur la tentative d'arrestation d'Armand TILLY), médecin à Louargat, venant du nord de la France, les nazis investirent le domicile de Francine LE GUERN, actuellement au numéro 3, rue de Saint-Éloi, où logeaient Armand TILLY et Eugène LE LAGADEC, qui réussirent à s'échapper par un vasistas situé à l'arrière de la maison avant l'arrivée des Allemands.
Informé, Roger prit l'initiative d'alerter Jean LE TALLEC de Belle-Isle-en-Terre, qui à son tour informa Paul NOGRÉ de Loc-Envel et Raymond TANGUY de Belle-Isle-en-Terre. Tous les quatre décidèrent une action de commando pour libérer leurs deux camarades. Pour ce faire, ils s'équipèrent de trois mitraillettes et d'un colt. C'est en vélo qu'ils se rendirent à Louargat venant de Loc-Envel, à l'approche du bourg de Louargat, ils empruntèrent l'ancienne voie romaine (appelée également voir royale, devenue chemin piétonnier et à usage agricole), parallèle à la route Nationale 12 passant à environ 100 m à l'arrière de la maison de Roger. Arrivés à proximité du bourg, Roger MADIGOU se rendit seul au bourg, à pied et sans arme, se renseigner de la situation, ses trois camarades restèrent sur place à l'attendre dans un champ. Arrivé au bourg, il apprit que ses deux camarades Armand TILLY et Eugène LE LAGADEC qu'il croyait prisonniers des Allemands avaient réussi à s'échapper, et il rebroussa chemin.
C'est donc en retournant à Loc-Envel, sur la Nationale 12, et à un kilomètre de Belle-Isle-en-Terre, à proximité de Kerbol, en traversant la route venant de Quilibert et Runambic (sans doute pour éviter de rouler sur la Nationale 12), qu'ils rencontrèrent une patrouille allemande circulant à bord d'une voiture qui leur barra la route, contraints de s'arrêter, sommés de mettre pied à terre, leurs armes étant emballées sur leurs vélos, pensant leur mission terminée, ils ne purent riposter.
Immédiatement Roger MADIGOU fut intercepté et menotté,
Raymond TANGUY, pendant qu'il fut fouillé, neutralisa l'officier allemand d’un coup du tranchant de la main sur la pomme d'Adam, puis pour se dégager, il le frappa à coups de l'un de ses sabots. Les trois camarades de Roger MADIGOU tentèrent de le libérer, des coups de feu furent échangés, Paul NOGRÉ blessa un des officiers à l'aide de son colt. Au moment où ils furent proche de réussir à libérer leur camarade, un deuxième Allemand, un officier, abrité derrière la voiture fit feu avec sa mitraillette, blessant à l'épaule Jean LE TALLEC, et Paul NOGRÉ au bras, les obligeant à abandonner leur camarade aux mains des Allemands et à s'enfuir, abandonnant sur place leurs vélos.
Jean LE TALLEC et Roger MADIGOU utilisèrent des vélos appartenant à la famille LE TALLEC, à l'époque les vélos portaient, chose obligatoire, une plaque d'identité au nom du propriétaire du vélo, ce qui permis aux Allemands d'identifier Jean LE TALLEC.
Jean LE TALLEC, se fit soigner de sa blessure par un docteur de Quintin qui lui extraira la balle qu'il était logée dans son épaule,
puis il partit se mettre à l'abri un moment dans une ferme à Plougonver chez la famille PRIGENT, lui permettant de se remettre de sa blessure. Cette famille accueillant d'autres clandestins, il dû quitter les lieux pour leur éviter des ennuis.
Vers le 10 juin 1944, il partit rejoindre un maquis par l'intermédiaire d'un camarade Paul RIOU de Plouagat. Il fut arrêté à Goas-Hamon en Senven-Léhart le 12 juin 1944 avec 12 autres camarades FTPF, jugé, il fut condamné à la peine de mort par le Tribunal du secteur postal 56 300 " pour activités de franc-tireur " et fusillé le jour même au camp d'aviation de Servel près de Lannion le 16 juin 1944, il avait 20 ans.
Paul NOGRÉ, partit lui aussi se faire soigner de sa blessure chez le docteur Marcel ROUZAUT, puis il alla se cacher 2 à 3 jours à Trégrom chez le boulanger Hyacinthe LE GUEN, qui le conduisit le 10 avril 1944 dans une voiture à cheval à son domicile de Loc-Envel. Craignant d'être arrêté par les Allemands, les nuits suivantes, il dormit chez son grand-père demeurant au bourg. La veille de son arrestation, étant allé à un mariage, il revint dormir au domicile familial avec son jeune frère René âgé de 17 ans.
Le 13 avril 1944 peu après 6h du matin, les Allemands arrivèrent au bourg de Loc-Envel dans deux camions suivis d’une traction-avant, de marque Citroën, où les témoins remarquèrent un Français vêtu d'un blouson de cuir.
Les Allemands bien renseignés l’arrêtèrent à son domicile. Violemment frappé, ainsi que sa mère et son jeune frère, Paul NOGRÉ rejoignit Marcel LE GUILLERMIC et Maurice PEIGNÉ, ses deux camarades FTP de Loc-Envel déjà arrêtés. Les Allemands, en possession d'une liste de noms, effectuèrent une fouille de la maison et saisirent diverses cartes d'alimentation et faux papiers.
La cave, à côté de la maison familiale, dans laquelle Paul NOGRÉ avait entreposé des armes, des munitions et des explosifs ainsi que deux machines à écrire, ne fut pas fouillée.
Deux résistants échappèrent ce jour-là à l'arrestation. Aimé JÉGOU, adjudant en retraite proportionnelle, responsable du secteur de Loc-Envel, absent de son domicile que les Allemands ne recherchèrent pas au grand étonnement des témoins. Yves DERRIENNIC, ancien second maître radio de la Marine Nationale époux de Bernadette, directrice de l'école publique de Loc-Envel, se cacha dans un poulailler puis partit se réfugier à Kerguiniou en Ploubezre. Le 23 mai 1944, les Allemands effectuèrent une opération sur le secteur de Kerguiniou, Yves DERRIENNIC, tentant de s'enfuir fut blessé, arrêté, hospitalisé à Lannion, emprisonné à Guingamp, puis massacré le 10 juillet 1944 à Malaunay en Ploumagoar.
Ces arrestations furent liées à une grande rafle opérée le 9 avril 1944 à Callac-de-Bretagne.
Les armes que Paul NOGRÉ avait entreposées dans une cache à Milin-Bastien (entre Loc-Envel et Plounévez-Moëdec), ne furent pas découvertes. Quelques jours après la rafle Jean GUYOMARD, Résistant de Saint-Éloi en Louargat en contact avec Paul NOGRÉ vint pour récupérer ces armes et leurs munitions. René NOGRÉ, le frère de Paul, lui indiqua l'endroit de la cache.
Le 18 mai 1944, après avoir été affreusement torturés, Paul NOGRÉ et ses deux camarades furent transférés au camp Marguerite de Rennes. Le 22 juin 1944, ils furent transférés à la maison d'arrêt Jacques Cartier de Rennes. Ce même jour, les trois FTP de Loc-Envel furent jugés par le tribunal militaire allemand FK 748 de Rennes pour avoir participé au transport d'armes et condamnés à la peine de mort. Le lendemain, Paul NOGRÉ fut fusillé au camp militaire de La Maltière en Saint-Jacques-de-la-Lande près de Rennes avec Marcel LE GUILLERMIC, Maurice PEIGNÉ de Loc-Envel et François TOUBOULIC de La Chapelle-Neuve, il avait 20 ans.
D'après le témoignage de Madame NOGRÉ, mère de Paul, lorsque le groupe fut intercepté, Paul s'écria : " Je tire ! " Mais Roger lui dit : " Non ! " et tenta de s'échapper en escaladant un talus. Il échoua et, tenu en joue par un officier allemand, fut arrêté et menotté. Il resta environ une heure sur place, allongé dans un fossé, dans l'attente d'arrivée de renforts allemands, puis fut conduit à la maison de la Pépinière de Plouaret dépendant de la feldgendarmerie de cette commune, de sinistre réputation, où il subit les tortures les plus ignobles. La feldgendarmerie était commandée par le lieutenant MEITTEI surnommé " le Boucher de Plouaret " qui sera abattu par la suite dans une embuscade tendue à La Lande en Ploubezre, le 17 juin 1944, par un groupe commandé par Corentin ANDRE (le capitaine MAURICE). Cette maison fut appelée par la suite Maison des Martyrs, Maison des Fusillés, Maison des Tortures.
Lorsque ses tortionnaires lui demandaient où se cachaient les autres " terroristes ", il répliquait, d'après des propos recueillis par son père, qui put lui rendre visite à Plouaret : " Je suis entre vos mains, ça suffit ". Roger n'a jamais cédé, n'a jamais parlé. Il était au courant des structures des diverses sections en tant que commissaire aux effectifs : par son mutisme il a sauvé la vie de nombre de camarades.
Son père et Geneviève, sa sœur, purent lui rendre visite à la maison de la Pépinière de Plouaret. Geneviève avait loué une chambre prés de la maison de la Pépinière, elle entendait les suppliciés crier la nuit lors des interrogatoires.
Vers 1973, Monsieur MAGOAROU, locataire de la maison occupée autrefois par les MADIGOU, trouva une mitraillette en bêchant le jardin. Robert LE BRUN, un voisin, savait que cette arme avait été enfouie par Roger. " Après l’arrestation de Roger, Pieds Plats (1) est venu me trouver pour me dire qu’on avait trouvé sur lui, lors de son arrestation, une photo de moi, et que j'avais la chance que les renseignements qu'ils possédaient sur mon compte étaient bons sinon j'aurais été arrêté ".
Du groupe interpellé le 6 avril 1944 à Saint Paul en Louargat seul Raymond TANGUY a survécu, c'est lui qui me raconta ce qui s'était passé.
- Roger MADIGOU, 21 ans, arrêté le 6 avril 1944 à Louargat, a été fusillé le 6 mai 1944 à Ploufragan,
- Paul NOGRE, 20 ans, arrêté le 12 avril 1944 à Loc-Envel, a été fusillé le 23 juin 1944 à Saint-Jacques-de-la-Lande près de Rennes,
- Jean LE TALLEC, 20 ans, arrêté le 12 juin 1944 à Seven-Lehart, a été fusillé le 16 juin 1944 à Servel.
(1) « Pieds Plats » (« Treid plat » en breton), était le surnom d'un adjudant allemand habitant au bourg de Louargat, âgé de 50 ans environ, il était considéré comme une personne gentille, le soir faisant sa tournée du bourg à vélo après l'heure du couvre feu, il disait au gens resté dehors : "allez il faut rentrer", repassant les gens n'ayant pas bougé il répétait : "allez il faut rentrer". Personne n'a eu à se plaindre de lui. |